Pourquoi un nouveau traité
de théologie morale fondamentale:
Figli nel Figlio?
(Leçon inaugurale-Gênes-25 novembre
2008)
Le Fils unique de Dieu a fait des fils de Dieu en grand nombre. Il s’est acheté des frères par son sang, il les a adoptés, lui qui avait été rejeté; il les a rachetés, lui qui avait été vendu; il les a comblés d’honneur, lui qui avait été outragé; il leur a donné la vie, lui qui avait été mis à mort. Saint Augustin
C’est un secret de polichinelle que la morale n’a pas bonne presse, aussi bien chez les “laïcs” que chez les croyants. Et pourtant la morale est indispensable aux uns comme aux autres. Pour la bonne santé de tous, elle est aussi nécessaire que l’air que nous respirons.
L’Évangile est rempli d’allusions à la vie morale. Il suffira de penser aux paroles du Seigneur qui expliquent pourquoi il en est ainsi: “Ce n’est pas en me disant: ‘Seigneur, Seigneur’, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux” (Mt 7, 21; cf. Lc 6, 46).
“Faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux”. Voilà indiquées en mots brefs, mais clairs, l’importance de l’agir moral (les belles paroles ne suffisent pas!) et surtout la quintessence de cet agir que Jésus, le Fils du Père céleste, propose à ses disciples: un agir qui coïncide avec la volonté du Père et qui, par là, est partie intégrante des rapports de fils à Père.
Agir moral relié au Père et donc agir moral filial! Une question se pose en l’occurrence: quelle importance revêtent ces données dans le Nouveau Testament? Sont-elles marginales, plus ou moins secondaires ou absolument centrales? Je me suis occupé de ces questions ailleurs à la lumière des traditions paulinienne et johannique[1]. Je voudrais maintenant compléter les résultats de ma recherche par une brève étude de la tradition synoptique déjà évoquée dans le passage précité. De cette manière se consolidera encore le “pilastre central” de ce nouveau traité de morale fondamentale qui se reflète dans le titre Figli nel Figlio (Fils dans le Fils)[2] (1).
Si l’on peut et l’on doit définir la vie morale du Nouveau Testament comme une vie filiale, ce type de morale “abat-il les bastions”, pour reprendre une expression de Hans Urs von Balthasar? Entendons: libère-t-il d’une morale tolérée ou acceptée à contrecoeur comme une contrainte inévitable et donne-t-il accès à une conception nouvelle de la morale qui la rend fascinante, voire attrayante? La réponse à cette question me conduira à parler du Groupe de recherche Hypsosis qui en est l’auteur et, du même coup, à m’étendre brièvement sur la genèse du livre (2).
En finale, il me restera à dire un mot sur le sens et la portée que peut prendre la conception filiale de ce livre dans le contexte culturel d’aujourd’hui. Nous connaissons la crise que traverse présentement la famille en général et la figure du père en particulier. En présentant la morale chrétienne comme une vie filiale, ne risque-t-on pas de manquer le train de la modernité et donc de remettre en question le caractère fascinant de cette morale ou, au contraire, n’a-t-on pas en main un instrument capable de contribuer à nettoyer l’image ternie du père et à en rétablir le rôle bonifiant pour le monde? (3).
1. “Faire la volonté de mon Père qui est aux cieux”
Commençons notre étude par une observation toute simple. Plusieurs normes morales recommandées par Jésus sont rattachées explicitement à “votre Père” ou à “ton Père”. Nous trouvons l’écho de ce fait au début du morceau qui sert de conclusion au Sermon sur la Montagne[3] et dont est tiré le verset cité dans l’introduction de cette intervention (cf. Mt 7, 21). Rappelons les passages en question.
Dans le sillage de la proclamation des neuf “Béatitudes”, Jésus définit ses disciples comme “la lumière du monde” et il les invite à briller devant les hommes comme la lampe qui éclaire tous les habitants de la maison “afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux” (Mt 5, 16). - Un peu plus loin et contrairement à la consigne de l’Ancien Testament (cf. Lv 19, 18), Jésus recommande aux siens l’amour des ennemis et la prière pour leurs persécuteurs “afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes” (Mt 5, 45). - Jésus recommande encore la prière “dans le secret” et la prière brève qui introduit immédiatement l’enseignement sur le Pater. Dans le premier cas, Jésus précise que “ton Père... est là” et “voit dans secret” et donc qu’une telle prière est forcément entendue (cf. Mt 6, 6). Dans le second cas, il mentionne le fait que “votre Père sait bien ce qu’il vous faut, avant que vous le lui demandiez” (Mt 6, 8). - Après l’instruction sur le Pater et dans la suite d’une de ses demandes, Jésus insiste sur la nécessité de pardonner aux hommes leurs manquements. Ce pardon est la condition de possibilité du pardon de “votre Père” ou de son refus (cf. Mt 6, 14-15). - Pour s’opposer au jeûne ostentatoire des “hypocrites”, il revient enfin sur “ton Père” qui voit ceux qui jeûnent dans le secret et qui les récompense (cf. Mt 6, 16-17).
La question qui se pose à la suite de ces textes est la suivante: de quelle nature est le lien entre ceux qui vivent selon ces normes et le Père? S’agit-il d’un lien filial comportant certes affection, admiration et soumission, mais restant au plan strictement moral, sans connexion avec l’ontologie, avec l’être des disciples?
Une lecture attentive de notre évangéliste nous place en présence d’un fait incontestable. Jésus ne s’identifie jamais aux disciples dans ses rapports avec le Père. Il distingue toujours entre “mon Père” et “votre/ton/notre Père”. Schrenk conclut l’étude de ces formules en ces termes:
D’après Matthieu, Jésus a bien enseigné aux disciples à prier le “Notre Père”. Mais, chez les Synoptiques [...], Jésus ne s’est pas associé aux siens dans ce “Notre”[4]. De ce “mon Père”, (s)’exprime son rapport incommunicable à Dieu. Partout où se présente cette expression, devient manifeste sa conscience filiale singulière[5].
De ce rapport unique de Jésus avec le Père où il est de toute évidence question de son être filial au sens strict[6], doit-on induire une distance infranchissable entre Jésus et ses disciples? Autrement dit, doit-on penser que la profondeur sui generis des relations de Jésus au Père empêcherait les disciples d’avoir de quelque manière part à l’identité de Jésus et donc à ses liens forts ou ontologiques avec le Père?
Non! Car le Jésus matthéen s’identifie à plusieurs reprises avec les siens. Voici quelques exemples à cet égard. Il appelle “frères” ceux qui font “la volonté de (son) Père qui est aux cieux” (cf. Mt 12, 50). – Il y a l’épisode de la redevance du Temple (cf. Mt 17, 24-27). Contrairement aux “étrangers”, les “fils” n’ont pas à s’en acquitter. Ils en sont exempts. Mais pour qu’il n’y ait pas de scandale, Jésus ordonne à Pierre d’aller prendre un poisson à la mer et de remettre au collectionneur le statère qui se trouve dans la bouche de la bête “pour moi et pour toi” (Mt 17, 27), précise-t-il. – En accueillant un petit enfant à cause du nom de Jésus, c’est lui “que l’on accueille”. Dans la logique d’un tel rapprochement, l’on comprend les terribles châtiments qui attendent ceux qui scandalisent ces petits (cf. Mt 18, 5s). – Il y a encore la merveilleuse destinée éternelle ou son contraire qui attendent ceux qui auront ou pas nourri les affamés, désaltéré les assoiffés, accueilli les étrangers, visité les prisonniers: “En vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait (ou pas) à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi (ou pas) que vous l’avez fait” (Mt 25, 40.45). – Enfin, il y a le fameux message transmis par le Ressuscité aux saintes femmes, premières bénéficiaires de ses apparitions post-pascales: “«Ne craignez point; allez annoncer à mes frères qu’ils doivent partir pour la Galilée, c’est là qu’ils me verront” (Mt 28, 10).
Sans préjudice pour son rapport unique avec le Père, Jésus n’hésite pas à s’identifier aux siens[7] selon un tel degré de profondeur qu’il est justifié de dire qu’il leur transmet quelque chose de la consistance de son lien avec le Père et donc qu’ils peuvent à juste titre se considérer comme de véritables “fils” du Père, des fils dans le sens ontologique du terme.
Comme le démontre cette brève étude, il est difficile de ne pas reconnaître chez Matthieu la place de choix accordée à l’existence d’une morale filiale ou en conformité avec la volonté du Père des cieux, morale rendue possible par l’identification de Jésus le Fils à ses disciples au point de les appeler ses “frères”. Même si l’approche matthéenne est différente de celles de Paul et de Jean en ce sens que, en raison d’une christologie moins développée, elle va de l’agir à son fondement plutôt que des fondements à l’agir, il n’en reste pas moins qu’elle attribue à la morale de type filial une place centrale avec ses corollaires indispensables, le Christ Fils de Dieu et son identification en clair-obscur, mais non moins réelle-ontologique, avec les disciples.
2. La genèse de Figli nel Figlio et ses auteurs
Ce livre a comme racine lointaine la découverte de l’importance que revêtent les catégories “Fils”, “filiation adoptive” et autres apparentées dans le Nouveau Testament et la grande tradition de l’Église jusqu’à la théologie contemporaine. Cette découverte s’est produite et s’est imposée de plus en plus en préparant le matériel nécessaire à la justification théologique du cours sur la fondation christologique de la morale chrétienne qui me fut confié par les autorités de l’Académie Alphonsienne[8]. Mes recherches en christologie et la nécessité qu’il y avait de lier le Christ à l’homme fondement immédiat de son agir m’ont fait comprendre que le titre de “Fils”, point de cristallisation des 60 autres titres christologiques (environ) présents dans le Nouveau Testament, était une donnée incontournable pour la mise en oeuvre d’un tel projet. Scrutant l’identité filiale de Jésus en son expression maximale, le mystère pascal, c’est une anthropologie simplement nouvelle qui en émergeait, anthropologie qui englobait, en les unissant intrinsèquement, les pôles eschatologique et protologique de la recréation et de la création[9]. Manquait très peu de réflexion pour saisir que la vie morale, expression de cette anthropologie filiale, prenait nécessairement une teinte filiale dont les traits majeurs se résumaient en un culte rendu au Père et en un service des frères semblable au service de la Croix anticipé par le “lavement des pieds” (cf. Jn 13, 1s), commentaire en acte de l’eucharistie à peine instituée.
Quelques-uns de mes meilleurs élèves ont pris goût à cette approche de la morale que je proposais dans mes cours et mes publications[10], si bien qu’il devenait presque nécessaire de les réunir et de constituer ainsi un Groupe de recherche dans la ligne des intuitions que je viens de décrire rapidement. Moyennant diverses activités comme des journées d’étude sur des thèmes d’actualité ou des rencontres avec des théologiens de pointe comme l’actuel Benoît XVI, le Groupe (aujourd’hui composé d’une vingtaine de membres de différentes nationalités et engagés pour la plupart dans l’enseignement universitaire) a grandi et s’est consolidé. Il s’est donné un nom: Hypsosis, inspiré de l’élévation cruciforme du Fils (cf. Jn 12, 32), point d’émergence et de convergence de sa réflexion sur la théologie morale. Il s’est choisi une patronne, sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face (†1897), en raison de la proximité de la doctrine de celle-ci avec les options théologiques du Groupe, doctrine récemment sanctionnée par l’Église par l’assignation du titre de Doctor Ecclesiae[11].
Ce long processus de maturation a fait que le Groupe s’est un jour spontanément senti capable de couler les résultats de ses recherches en un nouveau traité de théologie morale fondamentale, celui à peine publié par les Edizioni Dehoniane de Bologne sous le titre Figli nel Figlio.
Comme j’y ai déjà fait allusion, l’ouvrage a comme pilastre central le mystère de notre filiation adoptive. C’est autour de ce pilastre que s’articulent les quatre parties du volume. La première examine d’abord la présence de la filiation et de l’agir qui en découle dans l’Écriture [A.-M. Jerumanis] et ensuite la résonance de cette donnée dans l’histoire de la théologie morale [M. Doldi]. La seconde s’occupe de l’enracinement dans le Christ de l’homme appelé à agir moralement dans le monde. La perspective part de haut. Elle examine d’abord les grands textes bibliques touchant le dessein éternel du Dieu trinitaire en faveur de l’homme et de sa destinée filiale dans le Fils [A. Chendi]. Elle descend ensuite vers la réalisation historique de ce dessein où le mystère pascal apparaît comme le point de raccord vivant dans lequel l’homme se voit assumé dans les différentes composantes de son être et, en conséquence, “préparé immédiatement” à recevoir la filiation adoptive par la foi et les sacrements et “prédisposé” au niveau créationnel à recevoir ce don [R. Tremblay]. Ainsi enraciné dans le Fils mort et ressuscité, l’homme est constitué fils de Dieu au sens ontologique du terme et devient habilité à mettre en oeuvre, en un sens profondément filial, tous les éléments internes (la liberté [Peter Laird] et la conscience [F. Maceri] par exemple) et externes (la loi [A.-M. Jerumanis] par exemple) du dynamisme éthique de son être. Il agit en cela supporté par les dons de l’Esprit [A.-Z.-M. Igirukwayo]. Là où le fils a quitté la maison du Père, il y a toujours place pour un retour, sur le modèle du fils “prodigue” [S. Zamboni]. Voilà en gros l’objet de la troisième partie de l’ouvrage suivie d’une quatrième où il est question des sacrements comme portes d’entrée (baptême et confirmation) [C. Cannizzaro] et lieu de consolidation (eucharistie) de la vie filiale [R. Tremblay] qui insèrent du même coup dans l’Église [J. Mimeault] et modèlent un agir filial du maximum (le martyre) dont Marie est le paradigme par excellence comme fille privilégiée du Père, soeur et mère du Fils et de son Corps [S. Zamboni]. Morale filiale en tension vers une perfection toujours plus grande qui s’ouvrira sur la vision immédiate de Dieu où tout sera encore en processus de croissance éternelle [R. Tremblay][12].
Il est bien évident qu’une telle conception de la morale n’a pas beaucoup à voir avec une morale d’obligation projetée d’en haut, comme est différent, pour adopter une image à saveur johannique (cf. Jn 8, 33s), l’agir d’un serviteur à la solde d’un patron de l’agir d’un fils faisant partie de la maison paternelle. Dans ce dernier cas, tout émerge des liens intérieurs, d’un élan du “coeur”[13], stimulés par un amour paternel sans limite et invincible. Si le dynamisme de l’agir moral et ses exigences normatives très élevées prenaient cette consistance filiale et s’incarnaient en une pastorale qui prendrait le temps d’expliciter et de rendre raison de ces données, à mon sens, absolument essentielles au projet de Dieu pro nobis, il me semble que la résistance à la morale dont je parlais au début de cette intervention se métamorphoserait progressivement en une adhésion joyeuse et reconnaissante. Comme la pastorale a besoin de la théologie pour être authentique, la théologie a besoin de la pastorale pour rendre ses découvertes ordonnées à glorifier Dieu par l’homme vivant (s. Irénée), à prendre racine dans l’Église et à faire d’elle, dans la foulée de notre perspective, la maison du Père.
3. Figli nel Figlio dans le contexte culturel actuel
Dans l’introduction de cette intervention, je posais la question de la réception de Figli nel Figlio dans le contexte de la culture actuelle. Un livre tout centré sur la filiation (à la rigueur indépendamment du type de la filiation ici en cause) a-t-il une chance d’être accueilli dans un monde comme le nôtre? Telle que posée, la question peut sembler étrange puisque, qu’on le veuille ou non, tout être humain sur cette terre est fils de quelqu’un.
Mais c’est précisément à propos de ce “quelqu’un” que l’on s’interroge aujourd’hui. Comme origine d’abord. Comment cela? À côté du mode habituel de faire où le père procrée dans le cadre du couple homme-femme, il y a la procréation assistée où le père naturel cède son identité de cause immédiate de la génération au technicien qui prend en charge (la forme est en l’occurrence d’importance secondaire) son matériel génétique en vue de la conception d’un nouvel être humain. Qu’en résulte-t-il pour l’enfant ainsi conçu? À qui doit-il attribuer sa venue en ce monde? À quelle origine doit-il se rattacher? À un être personnel bien identifié et, comme tel, objet de rapports filiaux ou à un technicien anonyme et, comme tel, indifférent à tout lien d’ordre affectif ou autre? Comment se conçoit alors l’enfant? Comme un être unique voulu pour lui-même et donc comme fils, ou comme un être quelconque, résultat d’une technique qui pourrait, le cas échéant, en faire émerger d’autres, matériellement parlant, à peu près semblables?
Comme point de repère ensuite. À cet égard, l’on assiste à un phénomène de plus en plus fréquent dans notre société postmoderne et superactive: l’absence paternelle en milieu familial. A. Mitscherlich avait relevé ce point dans son livre, déjà daté mais toujours valable, sur l’avènement d’une société sans père[14]. L’enfant qui vit l’expérience du vide paternel se voit privé d’un point de référence, d’un critère de mesure nécessaire à une croissance équilibrée, critère toujours recherché, même lorsque qu’il a rejoint l’âge adulte. Le recours au père sert à clarifier, à redresser et à consolider l’être qui se développe et mature. Là où manque la figure du père, les fils sont réduits à se faire par eux-mêmes, risquent de courir extra viam et de sombrer sous les impératifs d’une liberté déformée devenue servitude.
Il est bien évident qu’une telle situation suscitée et promue par la culture contemporaine rend difficile la réception d’un livre ayant comme “pilastre central” notre dignité de fils de Dieu.
Mais paradoxalement, cette culture le rend aussi attirant. En quel sens? En ce sens qu’il redonne à l’homme, à travers les croyants, une filiation dont l’origine est un Père authentique, un Père qui ne remet pas ses pouvoirs de “Géniteur” à une espèce d’intermédiaire chosifiant et anonyme, mais qui est lui-même à l’oeuvre, engendrant même, comme “Père essentiel”[15], en permanence.
Il est encore un Père qui n’abandonne pas ses enfants après les avoir engendrés, mais les rassemble en une famille, vit au milieu d’eux, leur dispense constamment la lumière de sa sagesse, les reprend quand c’est nécessaire (cf. Hé 12, 7), leur pardonne sans condition quand ils reviennent vers lui (cf. Lc 15, 20-24) et les prépare avec patience à recevoir l’héritage de la gloire promise dans le Fils (cf. Rm 8, 17). Si le rejet de la filiation et du Père qui en est la source est possible en raison des fausses images paternelles véhiculées par la culture environnante, le Père de Jésus - c’est bien de lui qu’il s’agit - peut aussi être accueilli comme le baume refermant les plaies ouvertes et calmant les douleurs causées par une “société sans père”. Encore ici, la pastorale entre en ligne de compte, une pastorale qui démasque les ambiguïtés, identifie les maux et leurs causes et, en s’inspirant de la théologie, propose des remèdes efficaces.
4. Conclusion
Nous sommes en pleine année paulinienne. Un livre comme Figli nel Figlio s’accorde facilement à l’esprit du jubilé qui veut rendre hommage au “docteur des païens” (1Tm 2, 7; cf. Ga 2, 8). En effet, les grands textes de la tradition paulinienne sur la “filiation adoptive” (cf. Rm 8, 14-17; Ga 4, 4-7; Ep 1, 3-6) sont de première importance pour justifier le titre de l’ouvrage et ont été de fait à l’origine de la conception de ce livre. De ce point de vue et en prenant appui sur l’ensemble du corpus paulinien, serait-il déplacé d’ajouter à son titre de “docteur des païens” celui docteur de la filiation divine?
Quoi qu’il en soit de la réponse à donner à cette suggestion, je voudrais terminer cette intervention avec une autre remarque. La coïncidence de la parution de Figli nel Figlio et des débuts de l’année paulinienne n’a pas été voulue par ses auteurs. L’a-t-elle été par la Providence? Si c’était effectivement le cas, il faudrait hautement s’en réjouir, car ce serait un signe que mes collaborateurs et moi n’avons pas bâti sur du sable, mais sur le “roc” inébranlable de la paternité divine toujours à l’oeuvre pour le bonheur de ses enfants (cf. Mt 6, 25s).
Réal Tremblay C.Ss.R.
[1] Voir R.Tremblay, «Mais moi, je vous dis...». L’agir excellent, spécifique de la morale chrétienne, Fides, Montréal 2005, 67-84.
[2] R. Tremblay-S. Zamboni (a cura di), Figli nel Figlio. Una teologia morale fondamentale, Edizioni Dehoniane, Bologna 2008.
[3] Pour l’exégèse détaillée du Sermon sur la Montagne (Mt 5, 2–7, 27), voir: J. Gnilka, Das Matthäusevangelium (HThK., I/1), Herder, Freiburg i. Br.-Basel-Wien 19882, 111-295; M. Dumais, “Le Sermon sur la montagne” dans Dictionnaire de la Bible. Supplément, Letouzey et Ané, Paris 1996, XIII, 699-938.
[4] Il dit en effet: “Vous donc priez ainsi”.
[5] TWNT, 5, 988 (G. Schrenk). [C’est moi qui traduis]. Voir dans le même sens: J. Jeremias, Abba. Studien zur neutestamentlichen Theologie und Zeitgeschichte, Vanderhoeck, Göttingen 1966, 64.
[6] Il y a chez Matthieu d’autres approches pour démontrer l’identité divine et filiale de Jésus. Cf. par exemple: 3, 17; 10, 32; 11, 25-27; 17, 5. Sur Mt 11, 25-27, voir Joseph Ratzinger-Benoît XVI, Jesus von Nazareth. I Teil: Von der Taufe im Jordan bis zur Verklärung, Herder, Freiburg-Basel-Wien 2007, 391s.; R. Tremblay, «Prendete il mio giogo». Filiazione e morale, dans Lat. 72(2006), 305-318.
[7] Et même à tout homme. Pour des précisions sur ce point, voir : R. Tremblay, L’eucharistie, approfondissement et déploiement de la vie filiale, dans StMor 43(2005), 202-205.
[8] Institut supérieur de théologie morale incorporé dans la faculté de théologie de l’Université pontificale du Latran (Rome).
[9] Voir R. Tremblay, Radicati e fondati nel Figlio. Contributi per una morale di tipo filiale (TMF., 9), EDR, Roma 1997, 28-43; Id., L’«élévation du Fils», axe de la vie morale, Fides, Montréal 2001, 25-45
[10] Voir site web www.rtremblay.org.
[11] Le Groupe possède aussi un site web www.hypsosis.org où sont accessibles des informations plus détaillées sur le profil doctrinal du Groupe, sur ses membres et sur leurs publications qui comptent plusieurs centaines de titres.
[12] Pour compléter cette brève présentation, voir F. Maceri, Morale fondamentale. Un trattato nuovo, dans Settimana n. 25, 22 juin 2008, 8-9.
[13] Voir: R. Tremblay, Quelle anthropologie? L’homme au coeur filial (à paraître).
[14] Auf dem Weg zur vaterlosen Gesellschaft. Ideen zur Sozialpsychologie, Piper, München 198212.
[15] Sur cette expression, voir F.-X. Durrwell, Le Père. Dieu en son mystère, Cerf, Paris 1987, 30ss et mon étude à paraître: La figure du Père selon François-Xavier Durrwell. Un profil.